2 May 2019

L'UNAI accueille une table ronde sur la coopération Sud-Sud et le système des Nations Unies pour le développement

2 mai 2019 - La coopération internationale au développement a connu des changements critiques avec l'arrivée de puissances émergentes, principalement du Sud. L'augmentation de l'ampleur et de la portée de la coopération Sud-Sud (CSE) a favorisé la nécessité urgente de réexaminer les débats sur l'aide au développement et l'efficacité de l'aide.

La montée globale du Sud est également perceptible à l'ONU. L'Agenda 2030 pour le développement durable et le Programme d'action d'Addis-Abeba saluent la contribution accrue de la CSE et reconnaissent son importance pour les efforts collectifs visant à relever les défis urgents du développement durable.

Le 25 avril 2019, une table ronde intitulée La coopération Sud-Sud et le système des Nations Unies pour le développement, organisée par l'Impact académique des Nations Unies (UNAI), a réuni d'éminents chercheurs de l'Association d'études internationales (ISA) et des experts du système des Nations Unies pour discuter du rôle principal du Sud dans la réforme de développement des Nations Unies.

Après avoir souhaité la bienvenue à M. Ramu Damodaran, Chef de l'UNAI, et à M. Joel Oestreich, représentant de l'ISA, S. E. M. Martín García Moritán, Représentant permanent de l'Argentine, a prononcé un discours liminaire sur le rôle de la coopération Sud-Sud comme outil de développement et son grand potentiel pour la mise en œuvre du Programme 2030.

"Les pays du Sud ont accumulé toute une gamme de compétences, de bonnes pratiques et de solutions de développement qui profitent non seulement à eux-mêmes, mais aussi à d'autres pays ", a déclaré l'Ambassadeur Moritán. "Grâce à la coopération Sud-Sud et à la coopération triangulaire, ces solutions de développement locales se sont avérées rentables et, lorsqu'elles sont adaptées à des contextes similaires, elles ont le pouvoir de susciter des réponses et des résultats à grande échelle.

L'Ambassadeur Moritán a présenté les résultats de la Conférence de haut niveau des Nations Unies sur la coopération Sud-Sud (BAPA+40) qui s'est tenue à Buenos Aires (Argentine) du 20 au 22 mars 2019, en soulignant que l'inclusion officielle de la coopération triangulaire était "un important pas en avant". Il a également salué l'importance primordiale du système des Nations Unies pour le développement dans l'appui aux institutions de recherche en matière de développement et de partage des connaissances sur les initiatives de coopération Sud-Sud et triangulaire, en tant que " catalyseur de partenariats " qui contribuent au renforcement des capacités humaines et institutionnelles des pays en développement.

Janine Pickardt, de la Bibliothèque Dag Hammarskjöld de l'Organisation des Nations Unies, a poursuivi la discussion en donnant un aperçu historique de l'ONU et de la coopération Sud-Sud. Mme Pickardt a également présenté le Guide de recherche sur le développement fourni par la Bibliothèque de l'ONU, qui met en lumière les événements clés et documents relatifs au concept de développement à l'ONU, disponible en anglais, français et espagnol.

Après la présentation de la Bibliothèque de l'ONU, le professeur Emel Parlar Dal de l'Université de Marmara (Istanbul, Turquie) a évoqué les forces et les limites de la coopération Sud-Sud. Selon le professeur Dal, les principales forces de la CSE sont sa capacité d'accroître ses efforts pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD), de faciliter le partage des meilleures pratiques entre les pays du Sud, ainsi que le partage du fardeau financier avec les donateurs du Nord.

Toutefois, la coopération Sud-Sud présente des lacunes, tel que l'absence d'un cadre d'évaluation clair et harmonisé, qui créé des obstacles à l'accès à une plus grande quantité de données et à l'attribution de preuves claires montrant que les contributions des donateurs accélèrent la réalisation des objectifs du développement durable. La nature fragmentée des initiatives de développement au sein de la coopération Sud-Sud et le manque de transparence dans la mise en œuvre des projets d'aide ont accru la corruption et pourraient réduire la durabilité à long terme des ressources financières accordées aux projets d'aide. Elle a suggéré que le Sud mondial prenne des mesures efficaces pour rendre compte régulièrement de l'efficacité de l'aide au développement et pour accroître le volume des données statistiques afin de souligner l'importance du rôle de la coopération Sud-Sud dans la réalisation des ODD.

Le professeur Paulo Esteves, de l'Institut des relations internationales de l'Université catholique pontificale (Rio de Janeiro, Brésil), a ensuite fait part de ses commentaires sur le document final du BAPA+40, qui vise à favoriser l'autonomie général dans le Sud, mais qui indique également les défis et les blocages auxquels le G77 fait face en tant que groupe au sein de l'ONU et du système international. Il suggère d'ajouter au document une description plus détaillée des contributions de la CSE pour la mise en œuvre de l'Agenda 2030.

Silke Weinlich, chercheuse principale à l'Institut allemand de développement (Bonn, Allemagne), a examiné la manière dont la coopération Sud-Sud et la coopération multilatérale peuvent travailler ensemble afin d’améliorer le développement et les objectifs de l'ONU. Mme Weinlich a soutenu que les tendances actuelles indiquent un déclin du multilatéralisme, mais que la coopération Sud-Sud peut transcender les intérêts nationaux et aider à mobiliser des ressources pour des intérêts communs et la réalisation d'objectifs globaux, de sorte que la coopération Sud-Sud et les organisations multilatérales aient un rôle important à jouer pour atteindre les ODD.

Mme Weinlich a également souligné que toutes les agences des Nations Unies ont une stratégie globale concernant la coopération Sud-Sud, mais que le financement de ces activités d'aide provient principalement des pays occidentaux. La trajectoire actuelle de la CSE conduit à un statut peu clair dans le système de développement de l'ONU. Elle a appelé à un plus grand financement du développement par les partenaires du Sud, à un multilatéralisme accru et à une diminution du bilatéralisme en ce qui concerne les politiques de coopération Sud-Sud.

Enfin, les représentants des étudiants Eunice Kamami de l'Université Drexel (États-Unis) et Itishree Singh de l'Université Amity (Inde) ont parlé aux participants de ce que la coopération Sud-Sud signifie pour la jeune génération. Mme Kamami a partagé l’expérience de son enfance dans une communauté diversifiée de l'Illinois, voyageant dans son pays natal, le Kenya, visitant l'Ouganda et travaillant pour une organisation à but non lucratif qui facilite les échanges globaux d'étudiants en médecine des pays du Sud. Pour elle, la coopération Sud-Sud n'est pas seulement une question de coopération économique et technologique, c'est aussi une question d'échange de connaissances. Mme Singh voit dans la coopération Sud-Sud un cadre de collaboration entre les pays du Sud dans les domaines politique, économique, culturel, social, environnemental et technique, ouvrant des portes à des millions de personnes. "Une coopération Sud-Sud accrue et de meilleure qualité est essentielle pour construire un monde meilleur qui ne laisse aucun d’entre nous derrière ", a conclu Mme Singh.