6 August 2019

L’allaitement incombe au père

En visitant une clinique locale au Malawi, vous serez frappé par des posters appelant les hommes à s’impliquer plus activement dans la santé maternelle et infantile. Certains de ces messages mettent au défi ce que l’on considère comme étant normal, affirmant explicitement que « L’allaitement maternel exclusif incombe au mari ». 

Le lait maternel contient des nutriments essentiels à la croissance et au développement des enfants. Dans les zones rurales où les femmes ont peu de moyens financiers et un accès limité à l’eau potable pour préparer des biberons, le lait maternel est une option peu chère et sûre. Mais c’est aussi, et de loin, l’une des meilleures options.  L’Organisation mondiale de la Santé estime qu’environ 220 000 enfants peuvent être sauvés chaque année grâce à l’allaitement maternel exclusif. Cependant, moins de la moitié des enfants âgés de moins de six mois sont allaités exclusivement.

Parce que l’allaitement maternel exclusif est souvent incompris, il est important de définir ce que cela signifie réellement. L’allaitement maternel exclusif signifie que le nourrisson n’absorbe que du lait maternel. Il ne reçoit aucun autre aliment liquide ou solide, pas même de l’eau, à l’exception des solutions de réhydratation orale, ou des gouttes/sirops de vitamines, minéraux ou médicaments.

En quoi cela concerne-t-il les hommes ?

L'allaitement n’est pas uniquement chronophage, il demande également beaucoup d’énergie physique. Le stress, la fatigue et l’anxiété peuvent réduire la quantité de lait que produit la femme. Dans les zones à la fois rurales et urbaines, les femmes sont souvent déjà surchargées de responsabilités familiales comme faire la cuisine et le ménage. Pour les femmes travaillant à l’extérieur du foyer, le stress et la pression viennent s’ajouter à leur emploi temps qui engendre le besoin d’une aide supplémentaire afin de s’occuper d’un nouveau-né. Les études montrent que lorsque les hommes ont accès à des informations sur l’allaitement exclusif, ils sont en mesure de soutenir les femmes, au même titre qu’un assistant qualifié ou un conjoint, en participant aux tâches ménagères, en s’occupant des enfants et même en leur apportant le soutien émotionnel et physique tant nécessaire.

La société, les traditions et la culture peuvent empêcher les hommes d’assurer ce soutien. Bien que les temps changent et que davantage d’hommes assument des responsabilités familiales, un père qui cuisine n’est toujours pas considéré comme la norme. Les lois et les politiques publiques ont affectées la capacité des hommes à apporter leur soutien.

Comment concilier une telle situation ?

L'Université de Pretoria (Afrique du Sud), une institution membre de l’Impact Académique des Nations Unies (UNAI), a conduit une étude au sujet de la participation des hommes dans la nutrition maternelle et infantile au sein des zones rurales du Centre du Malawi, avec un échantillon composé de 44 hommes et femmes, et de 26 informateurs. Au travers de groupes de discussions et d’entretiens approfondis, ils ont conclu qu’il existe cinq raisons pour lesquelles les hommes s’impliquent dans la nutrition maternelle et infantile. Ces raisons sont les suivantes : la fierté de pouvoir s’occuper de leurs familles, la reconnaissance de l’impact de leur implication, le plaidoyer effectué par des chefs traditionnels et des ONG, les mesures incitatives et dissuasives, ainsi que les encouragements reçus de la part de parrains masculins. Les hommes peuvent occuper un rôle actif en cuisinant, en faisant le ménage et en s’occupant des enfants. Cependant, les décideurs continuent de mettre l’accent uniquement sur les femmes, renforçant ainsi l’idée selon laquelle seules les femmes sont impliquées dans la nutrition. Travailler avec des chefs traditionnels est fondamental pour dépasser les croyances culturelles concernant les différents rôles que les hommes et les femmes jouent. Lorsque les hommes sont impliqués, une précaution est nécessaire afin de s’assurer que les femmes ne sont pas mises à l’écart.

Certains hommes peuvent se montrer hésitant à participer aux « tâches féminines », mais les lois et les politiques ne peuvent pas être appliquées en vase clos. Un plaidoyer utilisant des modèles masculins est aussi nécessaire. Imaginez un footballer connu ou un homme politique jouant un rôle actif au cours de la première année de la vie de son enfant. Quel type de message cela enverrait-il aux autres hommes dans tout le pays ?

L’allaitement est une responsabilité partagée entre les parents. La santé et le bien-être des enfants peuvent être améliorés en luttant contre les inégalités entre les hommes et les femmes. Nos dirigeants doivent accompagner les deux parents afin qu’ils jouent un rôle actif dans la vie de leurs enfants.

Le docteur Elizabeth Mkandawire est coordinatrice du Centre de référence pour l’Objectif n°2 : Éliminer la faim à l’Université de Pretoria. Ses recherches portent sur le genre, la sécurité alimentaire et la politique nutritionnelle.

Le docteur Nokuthula Vilakazi est coordinatrice du programme « L’Afrique du Futur » à l’Université de Pretoria. Ses recherches se concentrent sur la sécurité alimentaire et la nutrition.