26 February 2018

Ghouta orientale : le chef de l’ONU appelle à arrêter « cet enfer sur Terre »

Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a réitéré la nécessité de mettre en œuvre la trêve humanitaire en Syrie adoptée samedi par le Conseil de sécurité à l’unanimité de ses membres. Une décision que le chef de l’ONU a salué à l’issue d’une semaine durant laquelle plusieurs haut responsables onusiens ont exhorté les Etats membres et le Conseil de sécurité à agir.

« Mais les résolutions du Conseil de sécurité n'ont de sens que si elles sont effectivement mises en œuvre », a prévenu le Secrétaire général. « Comme j'ai eu l'occasion de le dire au Conseil de sécurité il y a quelques jours, la Ghouta orientale en particulier ne peut pas attendre. Il est grand temps d'arrêter cet enfer sur Terre ».

S’il a réaffirmé que « l’ONU est prête à contribuer », M. Guterres, a rappelé que toutes les parties ont l’obligation absolue de protéger les civils et les infrastructures civiles en tout temps en vertu du droit international humanitaire et des droits de l'homme.

Devant les 47 membres du CDH, le chef de l’ONU a déploré que les mots de la Déclaration universelle des droits de l’homme ne soient pas encore concrétisés par des faits sur le terrain, soulignant que partout dans le monde, les peuples subissent encore des contraintes à leurs droits – « voire même le déni total ».

« Les États membres ont défini le droit international relatif aux droits de l'homme et l'ont placé au cœur des Nations Unies. Pourtant, il y a encore une certaine résistance à soutenir l'action des Nations Unies en matière de droits de l'homme », a regretté M. Guterres, appelant à surmonter la « fausse dichotomie » entre les droits de l'homme et la souveraineté nationale. « Les droits de l'homme et la souveraineté nationale vont de pair. Il n'y a pas de contradiction », a-t-il dit.

Syrie, RDC, Yémen, Burundi, Myanmar : Zeid dénonce des « abattoirs d’êtres humains »

S’il a également salué l’adoption de la résolution sur la Syrie par le Conseil de sécurité, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a néanmoins jugé qu’il fallait « rester prudent » en raison de la poursuite des raids aériens dans la Ghouta orientale lundi matin.

« La résolution 2401 (2018) doit être prise en compte dans un contexte de sept années d’échec à faire cesser les violences, sept années de tueries de masse continues et effroyables », a rappelé le Haut-Commissaire au Conseil des droits de l’homme.

A Genève, le chef des droits de l’homme de l’ONU a dénoncé les « abattoirs d’êtres humains les plus prolifiques des temps modernes » que sont devenus la Ghouta orientale et les autres zones assiégées en Syrie ; l’Ituri et les Kasaï en République démocratique du Congo ; Taëz, au Yémen ; le Burundi et le nord de l’Etat de Rakhine, au Myanmar, « car peu est fait, préventivement ou collectivement, pour éviter ces horreurs qui se multiplient ».

M. Zeid a rappelé que son bureau n’avait eu de cesse d’attirer l’attention de la communauté internationale sur les violations des droits de l’homme, mais que les mesures prises à ce jour ont été minimales.

« Mettre fin au recours pernicieux au veto »

Pour sa dernière intervention lors d’une session de mars du Conseil des droits de l’homme, M. Zeid a tenu à s’exprimer en toute franchise.

Outre les auteurs directs des atteintes aux droits de l’homme – « ceux qui tuent et mutilent » - la responsabilité de la poursuite de telles douleurs incombe aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité, a déclaré le Haut-Commissaire.

« Tant que le veto est utilisé par ces membres dans l’objectif avoué de bloquer l’unité dans l’action lorsque celle-ci est tant nécessaire, qu’elle peut alléger les souffrances extrêmes de personnes innocentes, alors ce sont eux - les membres permanents - qui doivent répondre de leurs actes devant les victimes », a affirmé M. Zeid qui a appelé la Chine, la Russie et les Etats-Unis à « mettre fin au recours pernicieux au veto ».

Le Jordanien, qui annoncé ne pas briguer un second mandat de Haut-Commissaire, a conclu son intervention sous un tonnerre d’applaudissements, affirmant que ce fut l’honneur de sa vie d’avoir eu à travailler avec les défenseurs des droits de l’homme, « avec eux, et pour eux ».