23 May 2019

Discussion d’experts : l’intelligence émotionnelle au service des ODD

Le 17 mai dernier, lors d’une conférence organisée par l’Impact Universitaire des Nations Unies intitulée « Libérons nos émotions en vue d’atteindre les ODD », des experts de l’intelligence émotionnelle, de la pleine conscience et de la communication non violente sont venus expliquer comment ces outils peuvent être intégrés dans le système éducatif en vue de les mettre au service d’un monde plus pacifique et prospère.

Dans son discours de bienvenue au siège des Nations Unies, Alison Smale, Secrétaire générale adjointe à la Communication globale de l’ONU, a souligné que le document fondateur de l’Organisation, la Charte des Nations Unies, reposait sur les notions de dialogue, de collaboration et de coopération dans une optique de paix, de justice et de prospérité. Bintou Keita, Sous-Secrétaire générale des Nations Unies pour l’Afrique chargée des opérations de maintien de la paix, a fait profiter l’auditoire de sa riche expérience au cours de laquelle elle a appris qu’il est essentiel d’écouter et de créer un espace où tout un chacun peut exprimer ses émotions, de sorte que « personne ne se sente exclu, marginalisé, discriminé ou dévalorisé ».  

La conférence s’est penchée sur les compétences que l’intelligence émotionnelle peut permettre d’acquérir et leur utilisation au service d’objectifs communs à l’image du Programme de développement durable à l’horizon 2030. Daniel Goleman, auteur du best-seller L’intelligence émotionnelle, a expliqué le concept, ses bénéfices et comment la cultiver dans notre vie. Il a également souligné l’importance capitale des aptitudes en lien avec l’intelligence émotionnelle concernant le travail de demain, car elles constituent un indicateur de réussite future dans le milieu professionnel plus fiable que le QI et autres instruments d’évaluation de l’intelligence. « Après avoir écrit L’intelligence émotionnelle, j’ai observé plus de cent modèles de compétence d’entreprises, d’ONG et de gouvernements et j’ai découvert que les aptitudes qui caractérisent les individus exceptionnels n’entretenaient aucun rapport avec les compétences cognitives, mais avec l’intelligence émotionnelle », a-t-il noté.

Michele Nevarez, responsable des programmes de formation et de coaching en intelligence émotionnelle de Daniel Goleman chez Key Step Media, a animé une séquence interactive qui a permis à l’assemblée de découvrir des exercices visant à renforcer leur intelligence émotionnelle et leur conscience de soi au quotidien.

Si l’on considère la force que représente l’intelligence émotionnelle, il convient de se demander comment l’enseigner de façon plus globale, quelles que soient la langue et la culture dans un souci de fournir aux citoyens les compétences qui leur permettront d’apporter des changements, aussi bien dans leur vie personnelle que dans leur communauté. Patricia Freedman, directrice marketing chez Six Seconds, a expliqué que l’intégration de cette discipline dans les programmes scolaires comportait de nombreux bénéfices. Elle a présenté le travail que son organisation accomplit dans ce sens par le biais de boîtes à outils en ligne et de formations en personne. 

La pleine conscience, la communication non violente et l’intelligence émotionnelle représentent un atout pour les ONG et les établissements scolaires, mais aussi pour les entreprises dont la contribution à la réalisation des Objectifs de développement durable est essentielle. Rich Fernandez, directeur de l’organisme Search Inside Yourself Leadership Institute, a évoqué les efforts déployés par le secteur privé dans ce domaine concernant l’enseignement de compétences aux employés ainsi qu’une meilleure connaissance de la part des chefs d’entreprise, et la manière dont ces efforts peuvent venir épauler la communauté internationale dans son travail en faveur des ODD. Il a souligné que les entreprises ne se préoccupaient plus « principalement de leurs indicateurs internes de valeur ajoutée destinés aux actionnaires, mais, bien davantage, de la valeur ajoutée pour les parties prenantes, et ce, dans le souci d’avoir un impact sur le monde en venant s’inscrire dans un écosystème plus vaste tourné vers l’extérieur ». M. Fernandez a fait remarquer que cet intérêt nouveau que portent de nombreuses entreprises au bien-être social et non seulement à l’augmentation de leurs profits pourrait être mis au service des ODD.  

Le public a également reçu un témoignage direct des conséquences que peut avoir un manque d’utilisation de l’intelligence émotionnelle dans la société et a appris comment elle pouvait aider les victimes de traumatismes. Liliane Umuhoza a survécu au génocide de 1994 au Rwanda. Elle a raconté de façon émouvante la perte de son père et d’autres membres de sa famille à une période où environ un million de personnes ont été tuées en un mois. S’exprimant au sujet des troubles émotionnels qu’elle a éprouvés alors qu’adolescente, elle tentait de faire face à ce qu’elle, ses proches et son pays avaient vécu, elle a expliqué comment découvrir l’intelligence émotionnelle avait changé sa vie. Par la suite, elle a créé le programme Women Genocide Survivors Retreat, qui accompagne les femmes victimes de viols pendant le génocide rwandais tout au long de leur processus de guérison et de réconciliation, en les aidant à exprimer leur ressenti.

Les interventions ont offert à l’auditoire une représentation des activités de l’Organisation et proposé des moyens d’encourager les peuples et les pays à travailler ensemble ; toutes et tous ont donc tenu un discours en rapport avec le travail des Nations Unies. Alan Seid a fourni un aperçu du concept de communication non violente, qui a pour principes la compréhension de nos propres émotions et de nos motivations ainsi que des émotions de nos interlocuteurs dans le but d’établir un dialogue significatif et efficace ancré dans l’empathie et l’attention aux besoins des autres. La communication non violente peut améliorer les relations entre les individus, l’efficacité organisationnelle et contribuer à bâtir des communautés plus justes et plus durables. 

Chris Ruane, député britannique depuis 1997, a instauré les techniques de la pleine conscience auprès des législateurs et au sein des institutions gouvernementales en créant l’organisme multipartite Mindfulness All Party Parliamentary Group (MAPPG), qui a pour mission l’élaboration de politiques publiques sur la pleine conscience dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la justice pénale et du travail. Il a participé à l’introduction des pratiques de pleine conscience dans plus d’une douzaine de parlements et d’organes législatifs dans le monde. À cet égard, plusieurs députés ont affirmé avoir tiré divers avantages de cette pratique, notamment une approche plus réfléchie lors d’échanges d’opinions différentes, davantage de compassion, une sensibilisation accrue et un niveau de patience plus élevé. Ils ont par ailleurs déclaré que cela les aidait à se concentrer sur la recherche de moyens de réduire la souffrance des êtres humains et de favoriser leur épanouissement. Pendant de nombreuses années, M. Ruane a enseigné à l’école primaire où il a pu constater par lui-même l’impact positif de la pleine conscience sur les élèves.  

Les présentations et les sessions interactives ont laissé la place à un échange de questions-réponses entre les intervenants et l’auditoire sur des sujets aussi variés que le rôle de l’intelligence émotionnelle dans l’intelligence artificielle, la mise en œuvre des outils abordés dans un monde numérique qui nous encourage à communiquer par le biais de plateformes plutôt que dans la vie réelle, et les actions concrètes que l’on peut entreprendre pour faire usage de la pleine conscience dans son quotidien, au bureau et dans son organisation une fois la conférence terminée. 

La conférence s’est achevée par une séance de méditation guidée par Jamie Bristow, directeur du groupe de réflexion sur la pleine conscience The Mindfulness Initiative. Après avoir demandé aux participants de fermer les yeux et de se concentrer sur leur respiration, il les a invités à être présents dans l’instant et à l’écoute de leur ressenti. Il a précisé que cet exercice, utile lorsque l’on éprouve le besoin de se recentrer sur soi, pouvait être pratiqué à tout moment de la journée, quel que soit l’endroit.

Si vous n’avez pas pu assister à la conférence ou la suivre en direct, vous pouvez accéder à la vidéo ici. La liste des ressources annexes sur les outils et techniques abordés au cours de la conférence est également disponible ici.