9 July 2019

Conférence de l’UNAI sur la Journée de la Charte des Nations Unies : Technologie, Données et l’avenir des Nations Unies

La technologie au 21ème siècle nous a placé à un carrefour : un chemin conduit vers une société plus juste et inclusive, tandis que l’autre débouche sur un système fondamentalement destructeur et inégalitaire.

Le 26 juin, à l’occasion de la commémoration du 75ème anniversaire de la signature de la Charte des Nations Unies, l’Impact Universitaire des Nations Unies a invité le Docteur David A. Bray, Directeur général de la Coalition pour un Internet axé sur les personnes, à délivrer un message au sujet des effets de la technologie sur le travail des Nations Unies, chose qui n’avait pas été envisagée au moment où la Charte a été signée en 1946, ainsi que sur les défis et les opportunités que celle-ci présente dans le cadre du travail que les Nations Unies mèneront au cours des 25 prochaines années.

Le Dr. Bray a qualifié la technologie comme étant exponentiellement puissante, l’un des outils de changement les plus redoutables, d’une importance plus grande que la presse écrite. Toutefois, comme tout outil, il peut à la fois avoir des effets positifs en facilitant des tâches, en créant des conditions de vie meilleures, et en rapprochant les peuples, comme il peut aussi lentement réduire le droit à la vie privée, manipuler les opinions publiques et polariser le débat public.  

Au cours de son intervention, le Dr. Bray a soutenu que les graines des succès ou des échecs futurs s’expliquent par des avancées technologiques déjà présentes dans notre quotidien. Alors que la mondialisation connecte davantage le monde, elle n’a pas profité à tous dans la mesure où des zones rurales attendent toujours de pouvoir récolter les fruits de la révolution digitale et certaines populations ont été laissées pour compte. Les technologies comme l’intelligence artificielle, comprise par une toute petite minorité, courent le risque de provoquer une peur de l’autre et une nostalgie, avérée ou supposée, d’une époque où de tels éléments n’existaient pas.

En effet, à une époque où n’importe qui peut écrire n’importe quoi, et où l’information est facilement accessible en ligne, les médias traditionnels doivent faire face à une baisse de près de 80% de leur abonnement les obligeant à adopter une approche sensationnaliste. Même aujourd’hui, cela a pour conséquence directe de polariser les débats, d’effrayer les gens et de les monter les uns contre les autres. Alors que la technologie progresse, le Dr. Bray note que la situation pourrait empirer, citant l’exemple des cryptomonnaies qui menacent de supprimer la nécessité pour les parties à une transaction financière de se rencontrer et de travailler ensemble.

Il nota comment la technologie, et tout particulièrement les smartphones, ont énormément autonomisé les individus, affirmant que « La technologie, pour le meilleur et pour le pire, permet aux personnes de faire des choses infaisables par les États eux-mêmes il y’a 40 ou 50 ans ». À l’horizon 2045, cela sera d’autant plus vrai.

Bien que de nombreuses interrogations subsistent, le Dr. Bray souligna l’importance de l’usage de l’intelligence artificielle ainsi que d’autres technologies afin de compenser plutôt que d’exacerber les lacunes de la nature humaine. Il a identifié et étudié quelques-uns des choix que nous devrons faire pour façonner un monde meilleur, dans le respect des valeurs inscrites dans la Charte des Nations Unies.

Un panel exceptionnel d’intervenants a apporté des éléments à ce qui a été présenté par le Dr. Bray, et les ont examinés sous différents angles.

Fabrizio Hochschild, Sous-Secrétaire général des Nations Unies et Conseiller spécial pour les préparatifs de la commémoration du soixante-quinzième anniversaire des Nation Unies, a rappelé qu’internet et ses développements ont eu des conséquences bien plus positives que l’apparition de la presse écrite. Cependant, il souligne l’importance de la culture technologique : sans elle, les nouvelles technologies peuvent créer un déficit de communication entre les différentes générations. M. Hochschild déclara être optimiste quant au potentiel des technologies comme par exemple celui de l’intelligence artificielle, affirmant que si elle est utilisée de façon appropriée, dans le respect des valeurs de la Charte des Nations Unies, elle pourrait réduire les inégalités et créer de l’emploi.

Mariko Gakiya, Directrice en charge du leadership mondial pour la santé, la paix et la sécurité humaine au sein du Forum Mondial de Boston, a mis en avant le pouvoir de la connaissance et le lien direct entre la technologie, l’éducation et les Objectifs de Développement Durable. Dans la société actuelle, ceux qui possèdent les moyens technologiques de production peuvent concevoir et diffuser la connaissance, et ainsi influencer les sociétés. De fait, elle souligna l’importance d’une décentralisation de la connaissance et la nécessité de la diffuser à toutes les populations, avançant qu’elle ne devrait pas servir des intérêts privés mais plutôt être un bien public, car essentiel à la création d’un monde plus juste et plus pacifique.

Pendant son intervention, David Silbersweig, Professeur Stanley Cobb de psychiatrie à la faculté de médecine de l’Université d’Harvard a examiné les liens entre la neuroscience et l’intelligence artificielle, notant les opportunités positives de la science et de la technologie. Notre cerveau, ayant évolué durant des millions d’années, peut non seulement servir de base pour l’intelligence artificielle mais aussi s’en trouver amélioré, et ainsi participer à aider les Nations Unies à remplir sa mission, notamment en rapprochant les peuples et le monde grâce à un réseau de connaissances. De plus, cela pourrait accroitre nos capacités cognitives pour résoudre des problématiques que nous ne pouvons comprendre pleinement.

D’après Atefeh Riazi, Sous-Secrétaire générale des Nations Unies et directrice générale de l'informatique et des communications, la responsabilité morale est primordiale dans le secteur des sciences, des technologies et des innovations si nous souhaitons que les nouvelles technologies soient porteuses d’effets positifs. Elle nota que les impacts des avancées technologiques sont difficiles à prévoir, et que par conséquent, la communauté scientifique doit être extrêmement prudente et garder à l’esprit les principes énoncés dans la Charte des Nations Unies.

Ajeet Mathur, Professeur en stratégie et en commerce international à l’Institut indien de management d’Ahmedabad, a fait part de ses inquiétudes au sujet de l’intelligence artificielle compte tenu de sa capacité à tout contrôler, y compris la pensée collective. Cependant, il a convenu que la technologie peut être utilisée positivement comme un moyen de compléter les solutions apportées aux questions sociales, et ceci ne peut être en soi ni une bonne ni une mauvaise chose.

À l’issue de cette table ronde, les participants ont eu l’occasion d’interagir avec les intervenants et d’aborder des questions comme la façon dont les technologies peuvent être exploitées pour traiter les problématiques liées au changement climatique, au trafic d’êtres humains, à la santé mentale, à l’accès à une éducation de qualité, à l’autonomisation des jeunes et à la réalisation des Objectifs de Développement Durable.

Vous pouvez regarder la conférence de l’UNAI en cliquant sur le lien suivant : http://bit.ly/UNAICharterDayLecture

Pour en savoir davantage sur la Charte des Nations Unies, consultez le lien suivant : https://www.un.org/fr/charter-united-nations/index.html