15 March 2019

«C’est à travers la cuisine que les étudiants peuvent apprécier la biodiversité», déclare le Professeur Reid de l’Institut culinaire américain

Taylor Reid, professeur adjoint d’études alimentaires appliquées au sein de l’Institut culinaire américain, concentre sa recherche sur les agriculteurs débutants, le développement des petites fermes, les relations avec les chefs cuisiniers, ainsi que sur la collecte et l’utilisation de produits sauvages. Le Docteur Reid a rédigé pour l’UNAI l’article qui suit au sujet du dernier rapport de l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) intitulé «État de la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde».

La biodiversité est la base de l’agriculture productive et soutient l’ensemble du système de production alimentaire dans le monde. Elle fournit les services écosystémiques pour l’ensemble des habitants de notre planète, et est lié au fonctionnement sain de notre économie mondiale. Le récent rapport de la FAO sur l’état de la biodiversité dans le monde montre clairement à quel point la biodiversité est en danger, ainsi que les conséquences désastreuses que peut avoir la perte de biodiversité sur nous tous. Le rapport estime que 26 pourcents du bétail d’élevage risque l’extinction, alors que 24 pourcents des espèces sauvages sont en déclins, et que plusieurs espèces en péril comme les oiseaux, les chauves-souris, les insectes ou les microorganismes présents dans les sols sont également en danger. Le rapport conclut en faisant des recommandations pour davantage d’action.

Une compréhension claire des étapes nécessaires pour protéger la biodiversité est essentielle, mais prioritiser ces étapes a constitué un défi. Dans le monde développé, la plupart des personnes sont devenues tellement déconnectées du système de production alimentaire que l’importance de la biodiversité agricole n’est plus innée. Comment pouvons-nous aider les personnes à renouer avec l’idée selon laquelle la biodiversité mérite de s’y attarder? Mes étudiants sont étonnés lorsqu’ils apprennent que lors du siège de Leningrad,  des scientifiques russes faisant la grève de la faim pour protéger des semences, que de les utiliser pour s’en nourrir. Des événements historiques comme celui là nous permettent de comprendre la valeur de la biodiversité, mais ne nous poussent pas à confronter son importance dans nos vies d’aujourd’hui.

A l’Institut culinaire américain, grâce à la cuisine, j’ai trouvé une façon aisée d’aider les étudiants à apprécier la biodiversité. Les étudiants sont immédiatement devenus plus intrigués par les possibilités culinaires, en apprenant qu’il existe 3 800 variétés de pommes de terre au Pérou. La biodiversité agricole est la matière première pour tous nos plats. Elle est à la base de la créativité et des saveurs au sein de nos meilleurs restaurants. Peut-on convertir l’intérêt croissant mondial pour les arts culinaires en une appréciation renouvelée pour la biodiversité ? Les chefs cuisiniers de renoms tels que Ferran Adria, Michel Nischan, René Redzepi, Alex Atala, Virgilio Martinez et bien d’autres, se sont déjà engagés dans cette voie. Ceux-ci mettent systématiquement en avant le bénéfice de la biodiversité à la fois dans nos assiettes mais aussi par leur activisme. Les programmes institutionnels tels que l’Alliance Slow Food des Cuisiniers et l’initiative Food Forever 2020 pour 2020 ont été essentiels pour la diffusion de programmes sur la protection et la mise en valeur de la biodiversité agricole en la connectant à nos valeurs culinaires.

Inviter les populations des pays développés à s’engager pour la biodiversité est fondamental. Nous devons cependant rester conscient du poids disproportionné qui repose sur les pays les plus pauvres de la planète en matière de préservation de la diversité biologique. Les parties du globe les plus riches en biodiversité tendent à être plus pauvres économiquement, rendant la protection de ses ressources plus complexe. La biodiversité agricole peut sembler être une valeur évidente pour les agriculteurs de subsistance, mais sa préservation rentre parfois en conflit avec des initiatives pour le développement de la sécurité alimentaire. Ceux d’entre nous vivant dans des pays aisés doivent apprendre à reconnaitre que nos propres modèles de développement, particulièrement en matière d’agriculture, peuvent ne pas être les meilleurs choix pour bon nombre de pays en voie de développement. Le rapport de la FAO identifie les changements dans l’utilisation des terres comme l’une des principales causes de la perte de biodiversité. Dans bon nombre de cas, ces changements sont une conséquence directe du paradigme de développement agricole actuel. Si la conservation de la biodiversité est le principal objectif, la promotion de la légitimité et de la croissance de systèmes agricoles alternatifs sont également essentiels. Des systèmes de production biologiques et durables basés sur des pratiques telles que la rotation des cultures, le contrôle biologique des pesticides, et le recyclage des déchets tendent à préserver la biodiversité. Ces pratiques sont également peu chères, moins énergivores, et limitent la contamination des eaux ainsi que la dégradation des sols. Des modèles de développement axés sur ce type de pratiques émergent dans des pays tels que la Tanzanie et le Costa Rica, et peuvent également être réplicables ailleurs.

Les questions relatives à la protection de la biodiversité sont complexes. Il n’y a pas de solutions faciles, mais comprendre le contexte actuel est un excellent point de départ pour commencer à penser à sa restauration. La publication du rapport de la FAO est encourageante dans la mesure où elle permet de favoriser et d’élargir le débat sur ces questions.